L’aspirine préviendrait le cancer colo-rectal

http://www.sante-decouverte.com/wp-content/uploads/imgsd/l-aspirine-previendrait-le-cancer-colo-rectal_s.jpgLes patients à très haut risque génétique pourraient en bénéficier.



L’espoir d’un traitement préventif du cancer anime tous les chercheurs mais aussi les personnes présentant des risques élevés. C’est le cas de celles atteintes du syndrome de Lynch, une anomalie génétique qui augmente considérablement le risque de cancer, notamment colo-rectal mais aussi d’autres organes comme l’endomètre. Dans ce syndrome rare, mais qui reste la cause la plus fréquente de cancers colo-rectaux héréditaires, les patients doivent notamment subir des coloscopies au maximum tous les deux ans dès l’âge de 20 ans. L’objectif est bien sûr de détecter précocement le cancer colo-rectal dont on sait qu’il frappera plus d’un de ces malades sur trois.

L’étude publiée vendredi dans la revue internationale The Lancet, devrait redonner un peu d’espoir à ces patients pour qui l’âge moyen de découverte d’un cancer colo-rectal est de 42 ans (parfois même avant 25 ans). Ce travail démontre en effet le rôle préventif de l’aspirine. Sur plus de 850 personnes, la moitié prenant de l’aspirine et l’autre moitié un placebo, il apparaît que les malades ayant pris chaque jour 600 mg d’aspirine pendant 2 ans ont vu leur risque de cancer colo-rectal réduit d’un tiers par rapport à ceux prenant un placebo (produit inactif). Et cela sans effets indésirables particuliers. Les auteurs ont observé 18 cancers pour 427 patients dans le groupe sous aspirine contre 30 pour 434 patients sous placebo.

Une base solide



En 2008, ces mêmes chercheurs n’avaient pas mis en évidence l’efficacité de l’aspirine dans cette étude. C’est en prolongeant la surveillance de ces patients ayant pris de l’aspirine pendant plus de deux ans, qu’ils se sont rendus compte de l’effet préventif de l’aspirine. Après deux ans, la différence entre les deux groupes commençait à apparaître mais elle était encore insuffisante statistiquement pour en tirer des conclusions.

Optimisme prudent du Dr David Malka, cancérologue digestif à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif): «C’est une étude qui pourrait ajouter une nouvelle arme à côté de la surveillance des patients par coloscopie», explique-t-il. Cette fois, le Pr John Burn (Institut de médecine génétique, université de Newcastle) et ses collègues sont plus catégoriques: «Nos résultats, mis en perspectives avec d’autres recherches récentes, fournissent une base solide pour recommander l’aspirine en prévention systématique dans le syndrome de Lynch», écrivent-ils dans The Lancet. Ne reste plus, selon eux, qu’à définir la bonne dose et la bonne durée de traitement.

Les spécialistes s’étonnent toutefois d’obtenir ce résultat alors que le nombre de polypes détectés par la coloscopie a été identique que les patients prennent de l’aspirine ou un placebo. La théorie veut en effet les polypes soient la première étape avant une éventuelle transformation en cancer. Ces résultats obtenus chez des patients à très haut risque, du fait de leur maladie génétique, peuvent-ils être extrapolés à d’autres catégories? Quel est le rapport bénéfice/risque du traitement dans ces cas-là, du fait du risque hémorragique lié à l’aspirine? Pour l’instant les résultats obtenus avec les faibles doses d’aspirine utilisées dans la prévention des récidives d’accidents cardio-vasculaires, généralement inférieures à 100 mg par jour, n’ont pas montré d’intérêt pour réduire le risque de cancer colo-rectal. En revanche, pour des patients ayant eu un cancer colorectal traité, des études ont bien montré un effet préventif mais modérée de l’aspirine. Il est encore trop tôt pour oser une recommandation générale en dehors du syndrome de Lynch.

Source : Le Figaro

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